JEROME GUITTON

Sur Lignes – 4.1/ Conclusion – la disjonction par des moyens plastiques

Filed under: analyses — jeromegu @ 14:58

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La rareté de la sensation évoquée se lie assez directement à la difficulté, pour l’artiste, de la produire. Cette difficulté-là suggère déjà un obstacle, et même pour le plasticien. Il s’y suggérera, de surcroît, un obstacle pour l’écrivain, par le fait qu’elle a été obtenue par des moyens plastiques :

  • présence de deux éléments hétérogènes ;
  • forte cohérence de chacun indépendamment de l’autre ;
  • un point où leur opposition se met en évidence.

Capacité plasticienne d’avoir deux éléments vraiment disjoints… Dans le flux d’un texte, est-ce possible ?

Concerto pour clarinette et ensemble – Elliott Carter, 1996

Filed under: obstacles — jeromegu @ 14:19

Cette œuvre foisonnante fait une place étonnante à un signe minimal : dans quelques moments de silence, lorsque l’ensemble seul occupe l’espace musical, le soliste se déplace simplement d’un groupe instrumental à un autre. Dans l’attention au développement musical, on peut le perdre de vue ; auquel cas son retour dans l’œuvre musicale se double d’une prise de conscience de son changement de lieu, et d’un curieux rappel de l’espace plastique du concert, du corps du soliste. C’est ce bref moment de disjonction entre plastique et musical qui m’intéresse ici.

Un écho récent (peut-être accidentel ?) dans Unfolding, pour quatuor à cordes et électronique de Francesca Verunelli (2012) : chaque geste du quatuor, malgré son efficacité musicale directe, semblait souligner sa simplicité corporelle. Particulièrement les coups de pédale commandant le dispositif électronique. Les notes de programme n’en parlent pourtant pas. Est-ce pour laisser indécidable l’existence dans l’œuvre de cette simplicité, ou parce que rien de tel n’avait été visé par la compositrice ? Hasard circonstanciel, fantaisie contingente du spectateur, ou part véritable de l’œuvre ?

Sur Lignes – 4/ Conclusion – vision de l’obstacle

Filed under: analyses — jeromegu @ 13:35

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Ce qui précédait analysait un équilibre fragile, formidable, paradoxal entre une ligne et un cadre, sur un point. Une sensation qu’il serait hasardeux d’ignorer. À ce point, pour toute personne qui éprouverait cette sensation, j’osais espérer que la notion d’obstacle s’éclaircirait.

En effet, cette sensation singulière inscrite dans le dispositif plastique de Lignes 1 est un défi lancé à toute pratique –pas seulement aux arts plastiques ; elle révèle d’ailleurs une difficulté pour l’écriture : les moyens sont différents de ceux de cette dernière ; les cadres permettent quelque chose de plus, un rapport au corps et aux lieux que l’écriture traditionnelle ne permet pas ; mettant à jour une sorte de jalousie, d’envie de l’écrivain qui ne dispose pas des mêmes instruments. Ces affects peuvent être moteurs, pourtant.

Certes, nulle loi n’interdit à notre écrivain de s’approprier les moyens plastiques. Il se mettra à hauteur en changeant d’outils. Il pourra bien créer une œuvre qui se placerait dans la généalogie de Lignes 1.

Il semble néanmoins que le changement d’outils a des effets secondaires. Certains territoires, que l’écriture parvient parfois à occuper, sont eux-mêmes difficilement accessibles par des moyens plastiques. Le texte long, par exemple.

On peut soutenir que cela est un symptôme de l’obsolescence d’un genre : pourquoi un texte long dans un monde où Muriel Leray, Lawrence Weiner, Joseph Kosuth, Peter Downsbrough existent ? mais je préfère y lire un challenge. L’œuvre littéraire peut-elle, par des moyens propres, se mettre à la hauteur de la sensation plastique ? Faire face ?

J’essayerai, dans cette conclusion, d’y voir plus clair, pour proposer une piste et lancer un nouveau projet.