JEROME GUITTON

Sur Lignes – 3.1/ Cadre – forçage de l’interprétation

Filed under: analyses — jeromegu @ 08:12

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Il est temps à ce point d’enquêter sur le dispositif plastique, et de voir s’il lève l’incertitude du vers.

De ce dispositif, se détachent deux éléments : une ligne (le vers), et un monochrome noir. La ligne traverse le monochrome, changeant de couleur à cette occasion. On note que, du simple point de vue plastique, le mot coup n’est pas une singularité, il trouve sa place dans la ligne ; on peut seulement soutenir qu’il finit en un point remarquable, à savoir l’extrémité droite.

Relevons une différence avec le vers, qui me semble cruciale. Le vers tend à suggérer une source extérieure, la voix d’un auteur, un organisateur externe ayant sa prosodie propre. Le dispositif plastique est bien trop minimal pour former une telle impression.

C’est d’une différence de rapport au corps qu’il est en fait question. Meschonnic dit du rythme que c’est l’intervention du corps d’un sujet (écrivant) dans le langage. On peut au moins lui accorder que c’est précisément ce que le rythme suggère : le corps d’un sujet extérieur, qui n’est pas le lecteur ; ce corps apparaît engagé dans le vers. Au contraire, le dispositif plastique ne suggère pas ce type de sujet ; c’est plutôt le corps du spectateur qui y est invité et accueilli, qui appelle sa main. Fonction haptique ; le spectateur soupèse en pensée le cadre ; ce cadre évoquant le poids d’un corps, il peut s’y identifier ; il s’appuie sur la ligne.

S’il engage son corps dans cette invitation au toucher, le spectateur fait l’expérience du champ de force imposé à la ligne (c’est à dire : le champ de force que le dispositif plastique suggère, le poids du cadre sur cette ligne, sa résistance et sa tension) ; il interprète donc plus facilement la déformation de coup comme une torsion ; c’est un coud tordu par le champ de force qu’il veut lire. Si le cadre avait été placé à la fin du vers, en bout de ligne, après le point, peut-être aurait-il pu y sentir une coupure ; avec un cadre s’appuyant sur 1500 musulmans, il force naturellement l’interprétation vers l’hypothèse de torsion. Et entre 1500 musulmans de visiter un mètre me coud, déformé par une pesanteur qu’il éprouve.