JEROME GUITTON

Scholie à la proposition 2 – 3/ Solidarité dans les conséquences

Filed under: axiomes — jeromegu @ 22:15

Dans « Selon », il y a aussi introduction d’un narrateur sceptique ; provoquant la division d’un texte entre :

  • d’une part, un langage qui cherche la rupture (entre autres par la séparation linéaire du pérenne…) ;
  • et ce narrateur sceptique qui nie toute rupture ; provoquant par cette négation, peut-être ? une occurrence.

Cette division indécise est une conséquence purement littéraire qui ne doit rien à la Logique Linéaire. Et ce n’est même pas à cet obstacle-là qu’elle tente de se mesurer. Il serait plus juste de dire qu’elle se confronte à Lignes 1 (1500 musulmans) de Muriel Leray. Ou à d’autres de ses œuvres qui produisent, dans une installation, une division similaire. Le problème de « Selon ».fut de savoir si un texte pouvait, sans moyen plastique, produire une telle division. En somme, si une autre sensation de division était possible (littéraire, dirons-nous) qui pourrait se mettre à la hauteur de la division plastique et s’inscrire avec elle dans une solidarité.

Pour récapituler : ce qui nous interpelle dans les pratiques extérieures, ce sont les conséquences (les sensations, les théorèmes) et non les moyens (les matériaux, les axiomes). La proposition 2 suggère donc que ce qui existe littérairement, c’est ce qui soutient la comparaison de ces conséquences-là. Dit encore autrement : tu gagneras certes quelque chose à t’inspirer des autres pour leur technique ; mais demande-leur plutôt quel obstacle te bride. Fort de cette connaissance, tu pourras ensuite chercher, par de nouveaux moyens, à rejoindre leurs plus belles luttes ; et à y contribuer de nouvelles armes.

Scholie à la proposition 2 – 2/ L’intensité de l’obstacle éclipse l’influence

Filed under: axiomes — jeromegu @ 10:02

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Si l’on s’arrêtait à sa comparaison avec les temps grammaticaux, la Logique Linéaire ne serait qu’une logique paraconsistante de plus, pour reprendre les propos de Jean-Yves Girard.  Pour commencer, elle ne tire pas son origine d’une réflexion philosophique sur la pérennité, comme la section précédente aurait pu le sous-entendre ; mais de problèmes logiques.

Elle est ainsi une logique à négation symétrique qui vérifie l’élimination des coupures et la correspondance Curry-Howard entre preuves et programmes. En décomposant logique classique et logique intuitionniste, elle fournit un cadre unifié pour les étudier. Elle montre l’importance des règles structurelles et leurs conséquences sur les propriétés d’un calcul logique.

Cette fertilité et ces changements de paradigmes ne sont pas dans « Selon ». Ce travail littéraire ne sait pas tirer ces conséquences-là.  Car l’intensité de ses conséquences ne se donne que dans le cadre des démonstrations la théorie ; c’est parce qu’elles découlent nécessairement des axiomes qu’elles brillent dans le ciel de la science.

Dit brutalement : de  « La surface désigna la couche superficielle d’un objet », on ne déduit pas la correspondance de Curry-Howard. Il n’y a pas à s’en désoler : le poème a d’autres ressources pour rivaliser avec cette belle théorie.

Scholie à la proposition 2 – 1/ Exemple d’une influence interdisciplinaire

Filed under: axiomes — jeromegu @ 06:56

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Dans une logique classique, chaque atome logique est utilisable à l’infini : si on a A, on pourra utiliser la règle A => B autant de fois que nécessaire. En logique linéaire, au contraire, l’implication consomme sa prémisse : utiliser A -> B détruit un A pour produire un B.

Jean-Yves Girard donne de ce découpage une interprétation en terme d’opposition « Imparfait vs Parfait » : voir la partie portant ce titre dans son exposé du 20 décembre 2004 La logique aujourd’hui…

Il s’agit, au départ, d’une distinction linguistique, celle entre «Je parle italien» (sous-entendu : toujours) et « Berlusconi parle à la télévision » (sous-entendu : une seule fois, peut être la seule !). Cette distinction est reflétée par la conjugaison (imparfait vs. passé simple ou composé), voire le changement de verbe dans les langues slaves (imperfectif vs. perfectif).

Nouvelle possibilité dans le monde logique : les vérités linéaires ne sont plus éternelles. Le narrateur de « Selon », quant à lui, exprime justement au parfait des généralités, faits avérés, universaux, abstractions ou atemporels. Citons un court extrait de la fin :

La surface désigna la couche superficielle d’un objet généralement. Au contraire du mythe, le miracle qui s’était répété n’était plus une singularité mais une loi statistique. Tout ne fut pas éclairé par la lune, laquelle eut été introuvable dans le ciel nocturne en cette phase. Quatre-vingts mottes depuis le coin avaient déterminé, approximativement, une partie ; et la feuille du marronnier fut de forme longue, l’une d’elles tombait non loin.

Une surface, ce fut la couche superficielle d’un objet. Influence directe de l’implication en logique linéaire sur ce travail littéraire : l’écriture de « Selon » a d’ailleurs été contemporaine de ma découverte des travaux de Jean-Yves Girard.

Scholie à la proposition 2 – Sommaire

Filed under: axiomes — jeromegu @ 18:37

Il y a une incompréhension possible concernant la proposition 2 du prologue, et je tiens à la dissiper : celle-ci ne nie pas l’existence d’influences interdisciplinaires. Cela serait bien hypocrite de ma part, je suis pétri d’influences mathématiques, j’en suis convaincu. J’en donnerai d’ailleurs un exemple.

Cette proposition marque, donc, autre chose : ma réserve quant à  l’intensité littéraire de ces influences interdisciplinaires. Je crois aujourd’hui possible (donc nécessaire ?) de faire un pas supplémentaire pour rendre justice –littérairement– à ces pratiques extérieures.

Développons.

  1. Exemple d’une influence interdisciplinaire
  2. L’intensité de l’obstacle éclipse l’influence
  3. Solidarité dans les conséquences