JEROME GUITTON

NOM DE MON DE, lecture du 12 janvier 2012 – Isabelle Lartault

Filed under: moments — jeromegu @ 17:06

J’ai eu l’occasion d’assister à quelques lectures de NOM DE MON DE ; celle du 12 janvier 2012 est bien plus vive dans mon souvenir.

Certes, Isabelle Lartault particularise chaque lecture de NOM DE MON DE en fonction du lieu et de l’événement dans lequel elle s’insère. Si celle-là a pour moi acquis une certaine singularité, ce n’est pourtant pas, en premier lieu, par cette particularisation.

Deux lecteurs y lisaient simultanément, indépendamment, une liste de données numériques et d’intitulés possibles ; par moment totalement décorrélées, semblant à d’autres moments se répondre l’un l’autre ; mais, au milieu, quelque frisson local issu de l’alternance aléatoire de ces instants.

Ce qui me frappe ici est d’abord cette impuissance à éclaircir ce frisson par le simple détail des éléments. Puis le fait que la particularisation de la lecture vient souligner cette difficulté : paramètre changeant de la lecture, elle est pourtant impuissante à expliquer ce qui me la distingue vraiment parmi les autres ; de sorte qu’elle semble souligner la belle fragilité de certaines sensations.

Les chiens noirs de la prose – Jean-Marie Gleize, 1999

Filed under: moments — jeromegu @ 07:19

Un contre-chant, ça ne s’improvise pas –

incapable d’une seule phrase vraiment nette qui se tienne debout, tout en courant. La question est là, celle qui peut se rassembler dans les mots : «droite en courant». Un  désir de prose. Je me souviens de toi, de tes yeux fixes, de cette lettre de juin 1852, le 13 juin, tu lui disais ce que tu aimes, ce genre de phrase, et cette impuissance, cette folie de vouloir. Depuis, on continue. L’herbe pousse. Le goudron se répand sur le sol. Les murs sont de plus en plus hauts. Les ravins de plus en plus creux. On continue, je continue, je nage dans le courant, de plus en plus vite. On continue. Il faut continuer, les falaises sont à pic. Rien à faire, pas moyen de toucher les bords. Foncer dans les couloirs, les tunnels, le lit du torrent, jusqu’où

En quelques minutes le chien a changé de couleur.

Pendant tout le reste de l’histoire, un corps brûle. Je suis dans la pièce ici, chambre d’hôtel, quelques mètres carrés de chaleur humide et d’images, au rythme des paupières, tension artérielle et le reste. «Un corps brûle à vie.» Ou bien : «Naître encore.» Ou bien : «J’ai mangé un poisson de source». Ou bien «Je connais cet endroit». Je ne sais pas laquelle est la vraie. Les lauriers sont coupés, rasés, pourris. Je cherche un lieu de naissance.

Le chien ouvre la bouche.

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Mrs Dalloway – Virginia Woolf, 1925

Filed under: moments — jeromegu @ 06:58

Mon moment se situera ici juste après le passage de la voiture aux rideaux tirés et sera, rétrospectivement, ce passage même.

Il semble, dès que l’on entame la suite, que ce passage se distingue du reste du roman ; échappant, fugitivement, à son organisation systématique.

La Nuit Remue – Henri Michaux, 1935

Filed under: moments — jeromegu @ 14:51

Premières pages de son deuxième grand recueil (après Plume –précédé de Lointain Intérieur). Je localiserai mon moment rare dans le saut de ligne entre le troisième et le quatrième paragraphe :

Tout à coup, le carreau dans la chambre paisible montre une tache.

L’édredon à ce moment a un cri, un cri et un sursaut ; ensuite le sang coule. Les draps s’humectent, tout se mouille.

L’armoire s’ouvre violemment ; un mort en sort et s’abat. Certes, cela n’est pas réjouissant.

Mais c’est un plaisir que de frapper une belette. Bien, ensuite il faut la clouer sur un piano. Il le faut absolument. Après on s’en va. On peut aussi la clouer sur un vase. Mais c’est difficile. Le vase n’y résiste pas. C’est difficile. C’est dommage.

Un battant accable l’autre et ne le lâche plus. La porte de l’armoire s’est refermée.

On s’enfuit alors, on est des milliers à s’enfuir. De tous côtés, à la nage ; on était donc si nombreux ! Étoile de corps blancs, qui toujours rayonne, rayonne…